mardi 11 décembre 2007

Eva Be: les accords de Berlin



Premier album pour Eva Be, "Moving Without Traveling", et sublime découverte du label Sonar Kollektiv. En compagnie de Boris Meinhold, a la guitare, pour ce premier opus, Eva Be nous livre, dans un registre différent de celui de "Rhytm & amp Sound", une vision du dub personnelle et créative que l’on peut vraiment ranger dans les must pour son inspiration, sa maitrise des sons, ses vocaux superbement amenés et variés.
Signé par Daniel W.Best producteur des compilations Best Selection, mais aussi de The Seeds, cet album arrive salvateur. Accessible, précis, un très très gros son qui sonne comme personne.



A l’instar des Maurizio et, dans une moindre mesure, de ses acolytes de Jazzanova, Eva Be construit un nouveau pont entre le dub et l’électro. Le morceau "Unite Tonite" en est le parfait exemple. Une basse bien planante, un clavier bien "skank", un mélodica, un peu de bruitage électro, et ce beat house qui monte et qui ne lâche pas. De quoi mériter son titre de “First Lady of dub”.
Et il faut bien l’avouer, musicalement, les Teutons sont à un autre niveau ces dernières années. Désormais, quand on parlera de fusion dub-électro, on pensera à Eva Be. La jolie brune berlinoise, fait parler d’elle sur la scène de la capitale allemande. Avec cet album, la German Touch prend encore une longueur d’avance.
La carrière d'Eva Be a commencé lors d'une soirée ou The Fat Freddy's drop se produisait à Berlin et ou elle a proposé à Joe dukie de bosser ensemble. Une histoire qui commence simplement avec des remixes pour différents groupes du label sonar kollectiv dont elle est issue. Après deux maxis assez remarquables, très prometteurs sur Best Seven, comme "Allée Virée" qui est à l'image du son de Eva, entre house minimaliste et dub electro, un autre sortit en 2005, et qui reste d'actualité, avec les sons que l'on entend maintenant de plus en plus dans le milieu du dub electro, la tendance est a migrer vers les dancefloor..

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Eva Be lâche aussi des morceaux pour la maison, comme ces quelques petites perles reggae, qu’elle n’hésite pas à travestir avec un riff de guitare acoustique, un retour au trip-hop (Speakasy) ou cette ballade avec la superbe voix de Pegah Ferydoni. La demoiselle a rameuté des guests efficaces au micro, comme Joe Dukie, chanteur des zélés Zélandais de Fat Freddy’s Drop, sur No Memory of Time, ou Rom, Sugar B et David Ben Porat sur un single en puissance, "Trippin On". Préférant l'expérimentation au bon vieux dogme du dub, Eva Be triture ses sons entre deep house minimaliste, dub et electronica, c'est pour elle l'opportunité de jouer avec les barrières de différents styles, en mixant sons et mélodies de chacun.

En bref, avec "Traveling Without Moving", Eva Be et son partenaire Boris Meinhold ont réussi à créer un album de bien belle ouverture, chaque pièce vous invitant à vous abandonner sans resistance.




Album : Eva Be - "Moving Without Traveling"
Genre : reggae, dub electro
Label : Sonar Kollektiv / Nocturne


http://www.sonarkollektiv.com/artists/Eva%20Be/
http://www.myspace.com/evabe

Jack Penate: "Sunday, monday, Happy Days..."



Jack Penate est la nouvelle sensation en Angleterre. A tout juste 23 ans, il ne fait pas partie de cette nouvelle génération d’artistes qui font trop souvent primer la forme sur le fond. Ce "songwriter" britannique affiche avec un naturel enthousiasmant des chansons pop toutes vibrantes de gouaille et d'allégresse.
Finis, les gangs de rockeurs fiers et boudeurs. Cette saison est celle du retour de la bonne bouille, de l’artiste que le talent n’empêche pas de sourire. Surtout, "Matinée", l'excellent album de Jack, accomplit, et c’est sans doute là son plus grand mérite, la difficile tâche de réconcilier nostalgiques et détracteurs de la pop eighties. Il emprunte à la richesse mélodique des Housemartins sans embarquer avec elle sa douteuse production, et ne taxe à The Style Council que le jeu, l'entrain irresistibles qui avaient, plus tot, fait les meilleurs singles de Jam. Il dévoile aussi l’une des plus belles voix de l’Angleterre contemporaine, un timbre qui laisse deviner une fascination passée pour Jeff Buckley.
Avec son look et sa posture Rockabilly, Jack Penate trompe son monde. Il semble tout droit sorti d'un épisode de Happy Days. Accoudé contre un jukebox, le jeune rockeur à la mine de loubard se mettrait à entonner : « Sunday, Monday, Happy Days! ». Même si c'est bien dans des bars que Jack a commencé sa carrière, il s'agissait plus de pubs londoniens que de relais routiers de la route 66. En 3minutes30 de moyenne, le Fonzie moderne affiche à toute allure son enthousiasme. Les titres de son premier album, Spit At Stars, Got My Favourite, Second, Minute or Hour... ou encore Torn On The Platform sont des sommets de bonheur communicatif. « J'espère quand même qu'il y a une ou deux chansons un peu plus tristes sur cet album. Mais ça s'explique par le fait que j'ai écrit cet album dans une période où j'étais assez heureux », explique cet artiste épanoui.




Pour le moment Jack Penate, jeune anglais de 23 ans, est plus connu pour son jeu de jambes emprunté aux rude boys jamaïcains et pour son look "banane".
Mais avec ses pop songs catchy et son énergie communicative, il devrait rapidement se faire un nom. Avec sa gouaille cockney, ce personnage hors-norme ressucite les 50's , qu'il n'a evidemment pas connues, et propose un mélange rafraîchissant de mélodies pop anglaises (école Smiths) et d'histoires d'amour revées, c'est bon et frais comme un fruit sucré, comme un sourire arrivé par hasard sur les lèvres... . Il y'a de la naïveté chez lui, pas mal de débrouillardise, mais surtout un sacré talent pour composer des mélodies évidentes qui trottent longtemps dans la tête.
Sur ce premier album, Jack Penate impressionne par sa maturité et son opportunisme. En effet, il connaît et maîtrise toutes les ficelles pour construire des chansons avec mélodie et refrain entêtants. En plus de quarante minutes, le trio allonge ses onze pièces comme une rafale de mitraillette. Rien de bouleversant tout de meme, mais un charme certain qui, sans auncune difficulté, la placé en haut des charts de notre vieille angleterre. Ce jeune chanteur s’est connaître, tout comme Artic Monkey et bien d'autres, grâce à la toile. C’est surtout le titre Second Minute or Hour qui lui a permit de se faire repérer et d’enchainer avec un jolie contrat à la clé avec la maison XL Recordings.
Petit prodige, contre-courant rafraîchissant, c'est moins bien que grand génie, mais quand on a que 22 ans et un seul album sous le bras, c'est plutôt un bon début. Si ce disque était sorti au début de l’été, je vous aurais assuré qu’il aurait fait un compagnon idéal de vos vacances. Malheureusement, il vous faudra attendre le retour des beaux jours pour prendre pleinement conscience du caractère revigorant de cet album. Et d’ici là, il est tout à fait possible que le nom de Jack Peñate soit tombé aux oubliettes de la hype à tout jamais...







album: Jack Penate - Matinée - XL Recordings / Naive


http://www.myspace.com/jackpenate
http://jackpenate.com/

dimanche 9 décembre 2007

Stockhausen: l'electro sans maitre...




Le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen, pionnier du "live electronics" et de la "musique intuitive", est décédé mercredi 5 décembre à Kürten, à l'âge de 79 ans, a annoncé, vendredi, la Fondation Stockhausen. Auteur de plus de 360 œuvres, le compositeur a construit son travail autour de la musique électro-acoustique et de la spatialisation du son.

Né en 1928, Karlheinz Stockhausen fut, avec Pierre Boulez, le compositeur le plus engagé dans l'instauration d'un nouvel ordre musical après la seconde guerre mondiale. Dans les années 50, les deux compositeurs se sont lancés dans une sorte de compétition moderniste, les Polyphonie X et Structures du Français répondant aux Kreuzspiel et Kontra-Punkte de l'Allemand. Dans la décennie suivante, en revanche, Stockhausen se lancera seul dans l'appréhension psychologique des sons. Compositeur d'autant plus influent qu'il est un des rares dont l'oeuvre a dépassé le petit monde très fermé de la musique contemporaine "savante" pour inspirer et intéresser le monde du rock et des musiques "populaires" (le jazz aussi, Mingus et Miles Davis surtout...) Cela pour une bonne et simple raison : il est le pionnier de la musique électronique. Difficile de faire aimer la musique contemporaine aux fans de rock, mais nul besoin de se creuser la tête pour éveiller leur curiosité lorsqu'il s'agit de Stockhausen, suffit de rappeler quelques faits :

Des noms comme Kraftwerk ou Tangerine Dream vous disent certainement quelque chose.Dans le contexte psychédélique et contestataire de la fin des années 60, de nombreux musiciens allemands vont piocher dans tous les courants préexistants, du rock psychédélique au free jazz, en passant par les musiques du monde et contemporaines. Certains mettent en avant l'improvisation collective, d'autres injectent une forte dose d'électricité dans leur musique, qui sera bientôt synthétique. Les techniques d'enregistrement se retrouvent elles-mêmes au cœur du processus créatif. Les Allemands poussent le rock dans ses derniers retranchements. Sa rythmique binaire est transformée en une cadence hypnotique. Ou, à l'inverse, elle est totalement expurgée de leurs digressions cosmiques. Ils nous emmènent au-delà du rock.



A la fin des années cinquante, Holger Czukay assiste à un show de Karlheinz Stockhausen, l'Allemand considéré par beaucoup comme un des principaux pionniers de la musique electro. Impressionné par sa performance, Czukay aborde l'artiste qui lui confiera sans mystère que pour faire une telle musique et survivre, la clé est de se marier avec une femme très riche. Sans plus cogiter, Holger Czukay, qui deviendra dès lors l'élève de Stockhausen, s'en ira donc chercher un poste de professeur en Suisse, et plus précisément près du Lac de Genève. Accepté dans une école privée de grand standing, il trouvera rapidement une femme amplement apte à satisfaire ses besoins pécuniaires.. C'est ainsi que Czukay put mettre suffisamment de côté pour essayer, pendant un an (c'est du moins ce qu'il pensait à l'époque), de monter un groupe qui aurait peut être son petit succès. Ainsi débuta l'épopée d'une formation qui deviendra l'une des plus influentes de la génération Krautrock: Can.
Et puis Stockhausen et les Beatles. Oui, les « quatre garçons dans le vent » savaient très bien qui était le compositeur de Kürten-Kettenberg. Certes, l’influence de Gruppen ne transparaît pas dans Sergent Pepper, mais parmi les innombrables visages qui forment la couverture de l’album légendaire figure celui de notre compositeur. Paul McCartney a longtemps proclamé avoir été le premier Beatles à découvrir la musique de Stockhausen, à travers Gesang der Jünglinge. Stockhausen devait déclarer lors de l’assassinat de Lennon : « John Lennon était le principal médiateur entre musiques populaire et savante de ce siècle ».



Frank Zappa, des Mother of Inventions, va puiser des idées chez Karlheinz Stockhausen, du moins de ses œuvres électroniques, dont les inévitables Gesang der Jünglinge et Hymnen. Comme Stockhausen, Zappa était ouvertement provocateur, très critique envers son époque, fortement charismatique jusqu’à développer un certain culte de la personnalité. L’influence est particulièrement sensible dans les albums Freak Out ! et Absolutely free, premiers opus des Mothers of Invention, dans lesquels se mêlent instruments acoustiques, instruments amplifiés et travail sur le son en studio.


Frank Zappa - You call that music? - 1968


La pop anglaise s’est délectée de Stockhausen. Certes McCartney et Lennon, mais aussi les Pink Floyd, dont Speak to me et Eclipse, qui ouvrent et ferment l’album Dark side of the Moon, sont un travail électoacoustique de son pré-enregistrés (la fameuse machine à sous de Money) ou créés (battements de cœur) mêlés aux prises de sons de l’album (dont les cris de Clare Tory dans The great Gig in the Sky). Le principe de la déviation du matériau sonore, présente chez Stockhausen dès les Etudes faites à Paris au début des années 50 sont une marque des Pink Floyd, puisque reprise dans l’album Wish you where there jusqu’au dernier The Division bell. Roger Waters, séparé du groupe en 1985, reprend le principe dans Radio K. A. O. S.
Björk Gudmundsdottir, plus connue simplement par son prénom, dit avoir eu un choc quand elle découvrit la musique de Stockhausen à l’age de 12 ans : « enfin quelqu’un qui parle mon langage ». Quelques années plus tard, à l’occasion d’un entretien que la chanteuse a mené avec le compositeur dans la revue « Dazed & Confused » en 1996, celle-ci en introduction n’hésite pas à le qualifier de « meilleur compositeur de musique électronique et de musique atonale », n’hésitant pas à le comparer à Picasso – pourtant ce n’est pas vraiment la même génération, ni la même pensée… Que ce soit dans Homogenic, Vespertine, Medúlla ou la BOF de Dancer in the dark, l’empreinte de Stockhausen est partout chez Björk.

Pete Townshend (Who) et Bowie citent eux aussi Stockhausen comme une référence déterminante. Même chose pour Radiohead depuis qu'ils ont intégré l'électro. Si les Pink Floyd, David Bowie ou Björk se sont réclamés de Stockhausen, c’est dans son pays natal, l’Allemagne – et même l’ex-RFA pour être précis – que l’empreinte de Stockhausen dans la musique « populaire » a été la plus importante. A la fin des années 60 s’est développé le krautrock (littéralement : rock choucroute, nom donné par la presse anglophone, kraut étant l’équivalent anglais de « boche ». Les allemands préfèrent Kosmische musik, musique cosmique), mouvement social et culturel plus que musical qui a donné à l’Allemagne ses grands concerts rock dans la lignée de Woodstock ou Monterey avec l’Essener Sontag Festival, dont la première édition accueilli Frank Zappa. Parmi les musiciens présents dans le public, un ancien élève de Stockhausen, Holger Czukay, qui réunit auprès de lui un de ses propres élèves Michael Karoli et Irmin Schmidt (autre disciple de KH). Le trio forma le groupe Can, curieux cocktail de musique contemporaine, de pop et de rock progressif. C’est un euphémisme que de dire que l’influence du Maître fut considérable. Dans le sillage de ce renouveau de la scène allemande apparurent Faust, Kraftwerk, etc.

Cette nouvelle génération permit de remettre au goût du jour une partition de Stockhausen que l’Allemagne entière avait hué, et le reste du monde célébré : Hymnen. L’œuvre a été créée en 1966, soit à peine plus de vingt ans après l’Armistice. Les souvenirs sont encore vivaces et l’Allemagne fort complexée de son récent passé… Hymnen, qui est un mélange de divers hymnes nationaux, reprend Deustchland über alles, chant patriotique officiel du IIIe Reich. Même si celui-ci est transformé, passé par tous les filtres possibles et toutes les tortures électroniques imaginables, le scandale ne tarda pas : d’un coté Stockhausen était accusé de vouloir flatter les allemands dans ce qu’ils ont de plus bas, d’autres le montraient du doigt d’avoir voulu ridiculiser l’Allemagne aux yeux de l’Europe. Mais pour la jeune génération, Stockhausen était un Messie autant qu’un sauveur : il avait osé se moquer des signes qui avaient meurtri sa propre génération, il incarnait la libération des consciences face à ces symboles. De plus, Stockhausen n’a jamais ignoré tout le courant pop/rock de son époque, au contraire…
Pour toute la musique techno, des origines à l'electronica la plus pointue, Stockhausen est une sorte de "père spirituel". Une caution aussi, et une référence prestigieuse pour répondre au cliché récurrent : "bah, la techno, c'est pas de la musique, c'est des types qui bidouillent et font du bruit". Le maître ne figure plus réellement dans le peloton de tête des grands découvreurs mais qu'importe, il a déjà défriché le terrain pour une cinquantaine d'années et n'a plus rien à prouver. A ce propos, Holger Czukay dira : "C’est sans doute le plus grand inventeur musical. Il a développé tellement de pistes qui sont aujourd’hui récupérés par les artistes de l’électronique. A l'heure actuelle, beaucoup de musiciens travaillent comme lui, mais Stockhausen allait bien plus loin que la plupart d’entre eux, et c’était il y a quarante ans !" Plus qu'aucun autre compositeur contemporain, c'est certain, Stockhausen et sa musique complexe ont influencé la jeune génération de producteurs électronique. Il n’y a qu’à écouter Aphex Twins, Oval, Microstoria ou Autechre, pour s’en rendre compte. Une nouvelle génération qui laissait cependant papy Stockhausen un peu sceptique. Il déclarerait dans Art Press en 1998 : "Je regrette qu’ils ne soient pas plus expérimentateur"


Je ne m'étendrai pas sur l'oeuvre de Stockhausen, compositeur qui a beaucoup expérimenté et défriché (musique éléctronique, musiques "mixtes", électro-acoustique, spatialisation du son, musiques improvisées, aléatoires...) Stockhausen ne s'est jamais enfermé dans un style particulier, il a sans cesse su évoluer. Mais je rappelerai juste la différence entre la musique concrète et la musique électronique, deux musiques qui ont en commun d'être nées au début des années 50, élaborées en studio et d'avoir rompu avec les instruments traditionnels :

- La musique concrète est française à l'origine (Pierre Schaeffer, Pierre Henry). Il s'agit de sons enregistrés puis mixés. On part de sons réels, "concrets", qu'on assemble et travaille en studio.

- La musique électronique vient d'Allemagne (studios de Cologne). Et, comme son nom l'indique, elle utilise des sons créés à l'aide d'appareils... électroniques. Si Stockhausen n'est pas "l'inventeur" de la musique électronique, il fait partie des pionniers, et deviendra LA figure emblématique du genre. Lors du premier concert de musique électronique (1953), deux pièces de Stockhausen sont jouées : Studie I et Studie II

Bref... rien de bien compliqué pour différencier l'une de l'autre.



Mais la dernière fois où Stockhausen a vraiment fait parler de lui, ce n'est pas pour sa musique, mais ce commentaire qui a fait couler beaucoup d'encre en 2001 sur les attentats du 11 septembre : "la plus grande oeuvre d'art qu'il y ait jamais eu dans le cosmos". Phrase qu'il a ensuite démentie, assurant qu'un journaliste avait déformé son propos. Qu'il l'ait dit ou non, elle lui reste associée, et on ne s'étonne pas de la voir dans toutes les brèves bios posthumes depuis hier. La phrase de Stockhausen est monstrueuse... comme nous le sommes, tous. Pourquoi Stockhausen n'a pas assumé cette phrase ? Peut-être ne l'a-t-il pas prononcé... mais peut-être aussi a-t-il saisi qu'elle ne serait jamais comprise et qu'elle renvoie à une part de nous que nous ne pouvons assumer...
Stockhausen créait depuis une soixantaine d'années, mais un des compositeurs majeurs de ces 100 dernières années bien vivant, ça n'intéressait pas les grands médias. Un individu "normal" a très bien pu passer ces 30 dernières années sans n'avoir jamais entendu parler de Stockhausen. Sauf à deux occasions : sa phrase sur le 11 Septembre, et sa mort (d'ailleurs, je parle moi aussi de Stockhausen seulement au moment où il vient de mourir). Ce qui, en fin de compte, illustre parfaitement ce que l'on peut lire derrière son si terrible propos.

Mais pour terminer sur une note plus positive... l'essentiel, sa musique, avec un extrait de Kontakte oeuvre mixte pour électronique et instruments (la vidéo est celle d'un internaute) :




http://www.stockhausen.org/
http://sonhors.free.fr/panorama/sonhors8.htm
http://fboffard.free.fr/

Ween: « la Cucaracha » indécrottables branleurs !


Comment mieux masquer sa lumière qu’en ouvrant son disque avec une chanson ridicule ? Comment mieux garder en réserve sa grandeur et sa poésie qu’en l’entourant de stupidité et de lourdeur ? L'instrumental qui ouvre l'album dans une ambiance de dessin animé à la soul moite de "Blue Ballon", La Cucaracha résume ce que Ween sait faire de mieux : fusionner sans effort les genres. Le thème des relations qui unissent les êtres semble être le fil rouge de l'album, depuis le presque sincère "Friends", le terne "Object", le sommet de vulgarité que constitue "With My Own Two Hand" où Dean chante : "Elle va être mon professeur de bite/Etudier ma queue/Elle va passer son diplôme de maîtrise à me baiser". Malgré ça, il se rattrape vis à vis du public féminin sur "Sweetheart of the Summer", qui comporte quelque chose de la Motown dans sa trame.
La Cucaracha est le disque des cafards : ceux qui trônent sur la pochette et qui, tout le long du disque, font une fête d’enfer avec les restes de la pop music. Le titre est un jeu de mots si subtil qu’il en devient invisible : il faut lire COCKROACHA, fête aux cafards. Il y avait bien une tique sur leur premier album; mais c’est le cafard qui doit être considéré comme l’animal-totem de Gene et Dean Ween.c'est peut-être leur disque le plus festif depuis Chocolate and Cheese.
Un nouvel album de Ween est dans les bacs depuis la semaine dernière. « la Cucaracha » (et allez !), nouvel effort studio du duo gorgé de 13 pistes Weeniènes en diable à savoir un disque éclaté mais cohérent, pluri-thématique mais compact, éclaté mais mélodique. Car Ween c’est depuis « Chocolate and Cheese » et encore aujourd’hui profondément cela : une pop grand public (le plus souvent) pour peu que celui-ci aime être surpris au fil des chansons sans pour autant (ou si rarement) perdre pied. Dans chaque album de Ween il y a un morceau pièce de résistance, le grand œuvre de l’album, un morceau épique et qui dépasse en général la huitaine de minutes, cette fois ci il se nomme « Man and Woman » et c’est un sommet de l’année, qu’on se le dise ! Ce morceau pourtant fait inévitablement et irrésistiblement penser au Santana des années 70, lisez plutôt : Un morceau de 12 minutes incluant longue introduction planante en guise d’apéritif, un blanc de quelques secondes puis une cavalcade de percussions (tam-tam plutôt que grelot) en transe avant qu’un riff bien chaud vienne rompre la marche en avant puis bien vite la reprendre pour de longues minutes de chevauchée électrique trippante à souhait avant, en guise de long final, un solo de guitare épileptique. Sincèrement un des morceaux de l’année par son riff (trois notes qui plus est !) magistral et sa construction minutieuse.

WeeN

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Les Ween font de la musique pour tout le monde : « democrats » et « republicans », noirs, blancs, beiges, rouges, jaunes. Et ils leur feront aimer toutes les musiques qu’ils ne sont pas censés aimer : de la disco pour les punks, de la House pour les cowboys, du blues pour les druzes, de la salsa pour les sumos. Ne pas aimer un morceau de Ween est une faute. Sans forcément rapprocher leurs musiques, on peut dire que la trajectoire du groupe épouse pour beaucoup celle de groupes comme les Flaming Lips ou encore Mercury Rev, passés d’une pop psyché complètement barrée à une pop psyché accessible.
Ween est un des derniers groupes imprévisibles de son époque, capable de transgresser tous les tabous de la pop-music. Sur un maxi paru avant l'été, ils balançaient un gros morceau d'eurodance ("Friends") en pleine face de leurs fans ahuris. Sur La Cucaracha, ils convoquent Charlie Oleg, David Sanborn et Santana.
Gageons que pour ce qui est de fumar la marijuana Gene et Dean Ween (deux pseudos rassurez vous, ils ne sont pas plus frères que les Ramones ou que les Walker) ne sont jamais en reste. Ce duo originaire de Pennsylvanie existe depuis près de 20 ans et a sorti son premier album en 1989. Sobrement intitulé « God, Ween, Satan » il inaugurait une trilogie d’albums (viennent ensuite « The Pod » (hein ?) et « Pure guava » (qui ?)) plutôt bruitistes pour le commun des mélomanes. Une pop bruitiste et opaque tenant sans doute autant d’une volonté de saloper la mélodie que d’une capacité musicale primaire, des musiciens méticuleux, des touche-à-tout musicaux mais aussi d’indécrottables branleurs !
Au final nous avons là un disque guère différent de ce que le groupe nous a offert au fil de sa carrière, un disque de plus en fait dans cette belle œuvre mais une occasion sans doute pour beaucoup de découvrir ainsi la grande richesse pop de ce duo méconnu.





Ween - La Cucaracha
(Schnitzel / Chocodog / Pias)

http://www.myspace.com/ween

samedi 8 décembre 2007

Yacht: la croisière s’amuse


Sous le nom de Yacht (Young Americans Challenging High Technology) se
cache Jona Bechtolt. Originaire de Portland, Jona est batteur de formation.
il a participé aux albums de Bobby Birdman, The Blow, Thanksgiving, The
Microphones / Mount Eerie, Jason Anderson, Wolf Colonel, Dear Nora, Mirah,
Little Wings et Devendra Banhart, qu’il accompagne en tournée… Sous le nom
de Yacht, Jona produit une electro pop résolument tournée vers la danse et
se lance dans une expérience quasi chamanique… Le buzz autour de son
dernier album Your Magic is real, i believe in You lui a valu d’accompagner LCD Soundsystem aux uSA. Sur scene, une fois la musique lancée, Yacht danse, saute, se désarticule comme il n'est pas permis, mime les instruments. Au deuxième titre, il ne lui reste plus que le t-shirt et une dose inépuisée d'énergie.Rien qu'à le regarder on se déshydrate.



James Murphy, de LCD Soundsystem, affirme que le jeune Américain “sent très bon et que ses chansons ne sont pas mal non plus” et le magazine Vibe l’a décrit comme le “Timbaland de l’indie-rock
Ce disque, "I Believe In You. Your Magic Is Real", ressemble furieusement à une de ces home-tapes où l’on mettrait toute sa discothèque, toute sa foi, on croise enchevêtrés et à peine reconnaissables des fragments de rock lo-fi déglingué, de hip-hop mutant, de pop destructurée, de folk dévié, de r’n’b souillé ou d’electro haute tension. Le tout, parfois (souvent) à l’intérieur d’une même chanson. Yacht est résolument plus un rafiot pirate qu’un paquebot de plaisance, mélangeant des époques et des ambiances a priori inconciliables – imaginez Prince chantant Devendra Banhart ou Justin Timberlake du rock grunge et déglingué. Généralement, ce genre de mariages contre-nature étaient l’apanage de quelques DJ malicieux et érudits – on pense notamment aux Avalanches ou à Ratatat. Mais là, avec son ordinateur facétieux, ses séquences lascives, ses rimes enfantines et ses beats béats, Jona Bechtolt, 26 ans, est à la fois le cobaye et le professeur fou, la chair à canon et le canon. Seul maître à bord(el), Yacht n’a qu’un but : que la croisière s’amuse.





LP: YACHT - I Believe In You. Your Magic Is Real
Label : Err - Distributeur : SRD



http://www.myspace.com/yacht
http://www.teamyacht.com/

Tusia Beridze alias TBA: mystérieuse, sombre et sensuelle à la fois

Natalie Tusia Beridze alias TBA est née en 1979 à Tbilissi en Géorgie (elle vit et travaille aujourd’hui à Cologne). Musicienne à part entière depuis seulement 3 ans, elle est également vidéaste au sein du collectif géorgien « Goslab », auteur de courts-métrages, de clips et compositrice de musiques de jeux vidéo.


La musique de TBA est mystérieuse, sombre et sensuelle à la fois., évoluant dans un univers où se mêlent des références hétéroclites formant une mixture fantasque entre différentes cultures.

Son éducation musicale s‘est faite à partir de nombreuses et différentes influences : The Smiths, Lou Reed, Weather Report, David Bowie, Cocteau Twins, Björk, Aphes Twin, Squarepusher, Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, Jeff Mills, Autechre, Kraftwerk, de la musique folklorique géorgienne et beaucoup d’autres encore. Cette variété de styles est à la source même des origines de la création de l’album éponyme, TBA (Max Ernst) composé de séquences entre l’influence de différentes cultures, à la frontière entre Asie, Russie et Occident. Tusia a grandit sous plusieurs influences, elle est devenue, en fait, une espèce de mixture irrégulière et en même temps logique de Georgien, Russe et Européenne occidentale.

T.Beridze sort 2 albums a quelques jours d'intervalles. "The Other" parait apres la sortie d'un double album intitulé "Size and Tears", versant plus experimental d'une artiste accomplie. Elle distille ses petites chansons électroniques sans nous donner l’impression de se fatiguer outre mesure. Cela coule de source comme un petit clapotis qui ne ferait de mal à personne. On se laisse porter sans trop faire d’effort et on se surprend à y prendre goût. Composée de sonorités intimes et subtiles, où se mélangent voix et mélodies minimalistes, la musique de TBA attire l’auditeur dans une sorte de voyage cérébral où se mêlent de façon étonnante, harmonies célestes, voix susurrées quasi monotones et cliquetis rythmiques discrets. Comme une bande-son des mutations politiques et sociales en Géorgie.





TBA AKA TUSIA BERIDZE - THE OTHER (ALBUM)
CD Max Ernst 20026152 / EAN 0881390261529

TBA/Natalie Beridze - Size and Tears (album x 2)
CD Max Ernst 20026142 / EAN 0881390261420


http://www.max-ernst.de/

Oh No Ono : pingouins cartoonesques



Peut etre imaginez vous la musique comme un retour vers votre enfance. Oh No Ono est fait pour vous. Il y a du Bowie façon Ziggy Stardust, du l'elasticite de Devo, les egarements d'XTC et de Talking Heads, les syncopes kitsch de Prince, le tout avec un coté FM 80' façon Duran Duran epousnt B52'. Car la pop tarabiscotée des Danois de Oh No Ono atteint parfois des niveaux de joyeux bordel assez diabolique : les rythmes, frénétiques, semblent générés par les créateurs de Super Mario Kart, la voix de Malthe Fischer ressemble à celle d’un lapin Duracell sous hélium, et les synthés sortent tout droit de pornos japonais des années 80.

"Yes", le premier album, pousse le délirium tremens au maximum. Cinq européens du nord foutent une branlée littérale à la musique de masse avec des voix sous hélium à faire passer les Scissor Sisters pour des hétéros beaufs impuissants. Avec leur choucroute permanentée et leur son irrévérencieux, les musiciens de Oh No Ono forment un groupe qui sera toujours considéré comme "bizarroïde". Depuis qu'il a fait irruption sur la scène musicale en 2005 avec son EP au titre déconcertant Now You Know Oh No Ono, ce groupe d'innovateurs à la chevelure bouclée se forge la réputation d'être l'une des spécialités les plus savoureuses et extravagantes que le Danemark nous ait offertes. Des amoureux de pop kleenex qui ont dit non à Ono Yoko.

Oh no Ono semble avoir tout compris, dès la première bouchée de "The Shock Of The Real", tube entêtant et débilissime, corps et esprit entrent en conflit : il est évident que tout cela se finira au-dessus des toilettes, avec un(e) bon(nne) ami(e) pour vous relever les cheveux, mais comment empêcher votre tête de dodeliner sur quelque chose d’aussi imparable, à mi-chemin entre Kate Bush et Supergrass possedé par l'ame de Freddie Mercury ? La suite est à l’avenant, mêlant le déconstructivisme de Fiery Furnaces qui en auraient assez d’exhiber leurs diplômes ou les géniales entourloupes mélodiques d’un Of Montreal.




Cet album leur a permis de récolter aux Danish Music Awards les titres de Meilleur groupe et de Meilleure révélation, et leur a apporté une reconnaissance internationale. L'hebdomadaire musical britannique NME a ainsi déclaré qu'Oh No Ono représente "une des choses les plus intéressantes entendues depuis des lustres". Durant l'été 2007, le groupe a effectué une tournée en Scandinavie. Pour notre plus grand bonheur, ce son "bizarroïde" fait route vers le sud et va bientôt débarquer chez nous…


Oh No Ono - «Yes»
Third Side Records



http://www.ohnoono.com/